Par François Rioux — Pratiquement personne n'avait vraiment entendu parler des "biais cognitifs" avant que ce concept ne fasse surface il y a quelques années. Ces mécanismes irrationnels — des processus inconscients sur lesquels nous n'avons aucun contrôle — influencent pourtant continuellement notre pensée et sont à l'origine de la plupart de nos croyances, opinions, décisions, jugements, préjugés et stéréotypes. Ils tirent leur origine d'un instinct de survie antédiluvien et avaient pour raison d'être d'inciter à se protéger des menaces extérieures et à renforcer les liens d'appartenance au clan. Or, plusieurs centaines de milliers d'années s'étant écoulées depuis leur apparition, il n'est pas farfelu d'en remettre l'utilité en question... Le moins qu'on puisse dire c'est que les temps ont changé depuis l'époque où les communautés de chasseurs de mammouth comptaient à peine quelques centaines d'individus tous plus ou moins issus de la même famille. Rappelons que nous évoluons aujourd'hui dans une société diversifiée et inclusive qui aspire à la tolérance et au respect mutuel. Il est dès lors de la responsabilité de chacun d'entre nous de prendre conscience que de tels biais cognitifs existent, de les identifier lorsqu'ils surgissent, et d'en atténuer les effets. Donnons quelques exemples de ces raccourcis mentaux et des erreurs de perception qu'ils induisent. C'est à cause d'un "biais de confirmation" qu'on a tendance à juger comme étant davantage crédibles, donc dignes de confiance, les informations qui confirment nos croyances existantes. Également, c'est un "biais de conformisme" qui explique notre inclination marquée à modifier nos opinions et nos comportements, et qui nous pousse à les aligner sur ceux de notre entourage immédiat (notre groupe). Par ailleurs, un "biais de la répétition" fait en sorte qu'on est porté à considérer qu'une affirmation est véridique simplement parce qu'elle fut entendue à plusieurs reprises. Mon préféré étant qu'on mémorise beaucoup plus facilement les informations qui confortent nos idées préconçues, et que nous sommes prédisposés à oublier les autres! Or, la liste est encore longue. La meilleure manière de nous en affranchir est de cultiver notre "pensée critique". Attention: il n'est pas simple d'adopter à tout coup des positions qui soient basées sur des faits, des sources fiables, impartiales et équilibrées, et non sur des généralisations, des informations douteuses ou des automatismes! Mais comment faire face à tous ces biais cognitifs? Concrètement, il convient de demeurer humble, prudent et d'accepter qu'on puisse avoir tort. D'engager des discussions ouvertes avec des personnes d'avis différents des nôtres, tout en tentant de les comprendre. Et surtout de ne pas toujours se fier aux mêmes sources d'information en prenant connaissance seulement de ce qui nous conforte, mais plutôt en faisant l'effort d'aller voir ce qui se dit ailleurs. Reformulé d'une manière moins ronflante et plus concise, nous devons accomplir nous-mêmes précisément ce que nous nous empressons de réclamer de la part de nos antagonistes!
Par François Rioux — On sait aujourd'hui que la chute de l'Empire romain ne fut pas "le fruit naturel et inévitable de l'excès de sa grandeur", comme on l'a longtemps prétendu. Il ne s'est pas non plus autodétruit sous les effets de sa propre décadence. Cet effondrement fut plutôt le triomphe des forces de la nature. Ce sont en effet les maladies infectieuses et les changements climatiques qui ont scellé le sort de la Rome Antique. Un climat particulièrement favorable (chaud, humide et étendu) fut le principal facteur qui a propulsé l'expansion et le rayonnement de l'Empire, mais ces "jours heureux" prirent fin lorsqu'un cycle d'aridification suivi d'un refroidissement des températures s'installa à partir de 240 apr. J.-C., tarissant ainsi graduellement les sources d'approvisionnement agricole et emportant dans son sillage l'économie romaine qui avait été érigée sur la surabondance des ressources. Les virus et les...

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